Shuri venait tout juste d’entamer un nouveau chapitre lorsqu’elle entendit des pas feutrés se rapprocher. La jeune femme leva légèrement les yeux de son ouvrage, juste assez pour constater qu’un chien s’était assis devant elle, la fixant avec insistance. Elle arqua un sourcil et promena son regard dans le reste du parc, à la recherche de son possible maître. Cependant, personne d’autre ne semblait avoir investi l’endroit, et Shuri était parfaitement sûre qu’elle n’avait pas vu de chien avec les enfants. La brune haussa les épaules et reporta son attention sur le canidé. Il n’était pas bien grand et semblait affamé, aussi la jeune femme s’excusa doucement :
« Navrée, mais je n’ai rien à t’offrir »
Elle tendit ensuite la main et fit glisser ses longs doigts derrière les oreilles de l’animal. Ce dernier réagit immédiatement et frotta son museau contre son avant bras, arrachant un sourire triste à la jeune femme. Puis, sans crier gare, le chien s’écarta et se mit à fixer quelque chose de l’autre côté de l’arbre. Presque aussitôt, Shuri vit un jeune homme aux cheveux blancs s’assoir à quelques mètres d’elle et ouvrir un paquet avant de tendre à la pauvre bête ce qui lui sembla être des morceaux de sandwich.
" Désolé pour le chien. Il n'a pas de maitre on dirait bien "
Relevant la tête pour que son regard soit au même niveau que celui de son interlocuteur, la chercheuse répondit :
« Il n’y a pas de mal »
C’était bien vrai après tout, la brune avait toujours apprécié les animaux.
" Je suis Ryusuke "
La jeune femme s’inclina.
« Shuri, enchantée »
Elle avait ajouté la seconde partie de sa phrase plus par réflexe qu’autre chose et espéra que sa voix ne l’avait pas trahie.
Observant derechef le canidé qui happait à une vitesse assez impressionnante les morceaux que lui offrait le nouveau venu, la brune referma en silence son roman. Plus la peine d’essayer de lire, avec quelqu’un à côté elle n’y arriverait pas. A la place, elle fixa sans un mot le manège de ses deux « compagnons » du coin de l’œil. Cette situation ne s’éternisa cependant guère puisque l’animal finit par se redresser et trottiner dans sa direction. Il se planta alors une nouvelle fois devant elle et émit un jappement bref. Pas vraiment sûre de ce que voulait le chien, la jeune femme se contenta de tendre la main vers lui pour effleurer son flanc, mais elle n’en eut pas le temps puisque une goute d’eau atterrit sur son poignet. La brune leva alors les yeux et constata que les nuages encore gris quelques minutes auparavant avaient tout bonnement presque viré au noir, et semblaient vouloir se défaire des litres de liquide dont ils étaient gorgés.
Shuri laissa retomber sa main et se releva sans enthousiasme ; même si cette perspective ne l’enchantait guère, il était visiblement temps de rentrer.